Poussières de farine — asthme du boulanger (MP 66)
C'est LE risque emblématique de la profession et la première maladie professionnelle reconnue chez les boulangers. L'inhalation chronique de poussières de farine (et des alpha-amylases ajoutées comme améliorant) provoque une rhinite, puis un asthme allergique professionnel inscrit au tableau MP n° 66 du régime général. Délai de prise en charge : 7 ans après la fin d'exposition. La VLEP réglementaire est fixée à 5 mg/m³ sur 8 h depuis l'arrêté du 8 février 2018 (R.4222-10). Mesures : aspiration à la source au pétrin et au fleurage, fleurage humide ou semoulettes anti-poussières, captage par hotte sur la diviseuse-bouleuse, ne JAMAIS souffler la farine à l'air comprimé, masque FFP2 lors du fleurage manuel et du nettoyage, surveillance médicale renforcée (SIR) obligatoire pour tout salarié exposé.
Source : INRS ED 6147 + ED 6018 + Tableau MP 66
Brûlures thermiques — four à 250 °C, défournement
Four à pain (240-280 °C), four à soles, four ventilé, chaland de défournement, plaques chaudes, sirop de cuisson, friteuse pour beignets, étuve de pousse. La brûlure est l'AT le plus fréquent en boulangerie-pâtisserie après les coupures, et particulièrement grave lors du défournement (contact involontaire avec la sole ou la voûte du four). Mesures : pelle à enfourner avec manche long, gants thermiques résistants à 250 °C (norme EN 407 niveau 3 minimum), tabliers en cuir ou Kevlar pour le défournement, distance de sécurité 80 cm devant le four, formation au geste sécurisé, vêtements en coton (synthétique = fonte sur la peau interdit), seau d'eau et trousse brûlure à proximité immédiate.
Source : INRS ED 6147 + ED 6490
Coupures — lames, scarificateurs, couteaux pâtisserie
Lame de scarification (incise du pain avant cuisson — geste rapide, lame très fine), couteaux de pâtisserie (génoise, lamination), couteau d'office, lame de mandoline pour décor, trancheuse à pain électrique, ciseaux à viennoiserie. La coupure au scarificateur est emblématique : geste réalisé avec la main libre tenant le pâton à proximité de la lame. Mesures : gants anti-coupure niveau B (EN 388 4543) pour la trancheuse, scarificateur avec garde si possible (modèles récents avec capuchon de protection), affûtage des couteaux pâtisserie (lame tranchante = moins de glissement), ne jamais nettoyer une lame de trancheuse sans consignation, formation des apprentis dès l'embauche.
Source : INRS ED 6147 + ED 6501
TMS — port de sacs farine 25 kg, gestes répétitifs
Port de sacs de farine (25 kg unitaires, plusieurs centaines par semaine), portage de bacs à pâte, manutention des plaques de cuisson chargées, gestes répétitifs en façonnage (boulage manuel, tour à pâte), poche à douille en pâtisserie, posture statique penchée sur le tour. Les TMS représentent ~88 % des MP en France et sont la 2e cause d'arrêt en boulangerie après l'asthme. Le coût direct moyen d'une lombalgie chez un boulanger : plusieurs milliers d'euros, majorés en cas de récidive. Mesures : passage à la farine en silo + vis sans fin (supprime le port de sacs — investissement OPCO finançable), table à hauteur réglable, diviseuse-bouleuse mécanique pour gros volumes, alternance des postes, formation gestes & postures financée OPCO Akto, pause de 5 min toutes les 2 h en façonnage.
Source : INRS ED 6147 + ED 6291
Travail de nuit — départ 3 h-4 h du matin
Le boulanger commence sa journée entre 2 h et 4 h du matin pour livrer le pain au four du jour. Le travail de nuit (entre 21 h et 6 h selon L.3122-2) a été classé cancérogène probable (groupe 2A) par le CIRC en 2007, et la désynchronisation circadienne aggrave les risques cardiovasculaires, métaboliques (obésité, diabète) et de troubles du sommeil chronique. Pour la profession, c'est un facteur de pénibilité historique souvent banalisé. Mesures : suivi individuel renforcé (SIR) par le médecin du travail tous les 6 mois minimum, repos compensateur conformément à la convention collective des boulangeries, organisation permettant 11 h de repos consécutif (Code du travail L.3132-2), planning anticipé ≥ 7 jours, retour progressif après congés, vigilance sur les apprentis mineurs (interdiction de travail de nuit pour < 18 ans sauf dérogation préfectorale en boulangerie).
Source : INRS ED 6299 + Code travail L.3122
Risques mécaniques — pétrin, laminoir, diviseuse
Le pétrin spirale (cuve fixe ou amovible, bras pétrisseur), le laminoir à pâte (deux rouleaux qui happent), la diviseuse hydraulique, la bouleuse, la façonneuse à baguettes, le batteur sur socle (pâtisserie). Ce sont des machines à pincement / cisaillement. Les amputations de doigts au laminoir sont l'AT grave emblématique de la pâtisserie. Mesures : marquage CE et notice obligatoires (R.4321-4), grille de protection à arrêt automatique sur le pétrin (norme EN 453), capotage des rouleaux du laminoir avec contacteur d'ouverture, arrêt + consignation avant nettoyage des cuves, formation à chaque nouvelle machine consignée par écrit, INTERDICTION absolue aux apprentis < 18 ans sauf dérogation médicale du médecin du travail (Article D.4153-32).
Source : INRS ED 6147 + ED 4452 + Directive 2006/42/CE